Historia pewnego wina

Pour les Charentais, il a toujours été naturel de l’avoir à leur table.
Jamais un mariage, un repas de fête, une grande occasion, sans lui. C’est leur vin de liqueur, leur splendide trouvaille, à eux dont le terroir n’a jamais produit de grands crus, rien que ces deux merveilles que sont le Cognac et son noble parent trouvé par hasard, le Pineau. Celui-ci est depuis des siècles dégusté à l’apéritif, en blanc pour une attaque franche, en rouge pour une attaque souple. Traditionnellement les hommes concluent le repas par le Cognac, tandis que les femmes, plus enclines aux douceurs, sirotent un Pineau Vieux Blanc en digestif pour magnifier, avec ses arômes de vanille Bourbon, d’amandes grillées et de noix, un bon gâteau au chocolat ou des glaces aux fruits blancs. Mais les temps ont changé, les goûts aussi. Les hommes ont appris à apprécier le Pineau non seulement en digestif, mais tout au long du repas, en même en digestif. Blanc jeune, il se marie à ravir avec des huîtres chaudes de Marennes, autre trésor de ce terroir béni des Dieux.

Ils en sont fiers, des deux piliers de leurs deux Charentes, l’une maritime, l’autre continentale, à l’image de leur climat unique au monde, où l’air venteux et humide de l’océan vient adoucir les rigueurs des étés et des hivers des terres du Sud pour offrir au raisin sa plus belle maturité. Ils s’en contentaient, car leur grand Ambassadeur, Maître Cognac, avait séduit et conquis le monde entier depuis des lustres. Leur pineau, ils ne l’avaient même pas cherché ! Il était né d’une erreur, certes géniale, commise par un vigneron cognaçais étourdi ( voir la légende vraie du Pineau ). Quelle réputation ! Et alors ? Ils s’en moquaient, en riaient même, puisqu’ils avaient à leur table cette perle qui était capable, de par sa texture si riche, avec beaucoup de gras et de subtilité, de se marier avec des crustacés, du foie gras et des desserts.
Adoubé en 1935 comme vin de liqueur d’appellation d’origine, devenu boisson nationale, il gagne ses galons d’A.O.C. en 1945 et se fait connaître par-delà les frontières. Les Charentais sont fiers de voir ce produit de luxe simple et abordable s’inviter aux plus grandes tables. Les amateurs de vins de liqueur, au premier chef les Anglais et les Japonais, en sont si friands. Même dans ses plus belles robes, le Pineau, qui peut atteindre 25 ans pour un blanc et plus de 35 ans pour un rouge, reste modeste. A la portée de toutes les bourses. A la fois populaire et aristocratique, mais toujours humble. Comme celles et ceux qui travaillent à la maturation de son raisin, à son mutage, à son élaboration, à son vieillissement en fûts de chêne, et aux assemblages qui vont le magnifier. On n’en fait jamais trop, dans les Charentes. Ici on n’aime pas éblouir, on est dans le vrai. Dans le bon fruit de la terre, qu’un dur labeur doit porter à son plus haut degré d’expression.
Le Pineau A.O.C. doit titrer entre 16 et 22 degrés. Parfait pour celles et ceux qui aiment les alcools à la fois puissants et tendres, une belle longueur en bouche et la fraîcheur des fruits, la richesse des arômes.

Pour être à la hauteur de la grande réputation de l’ancestral Cognac, dont il partage le territoire, il vieillit en fûts de chêne au moins un an et fait l’objet de soins particuliers et constants tout au long de sa maturation. Le Pineau est une mistelle de raisin : le moût frais est stoppé avant sa fermentation, ou bien tout au début de celle-ci, par un ajout d'alcool de Cognac à environ 70°, datant d’un an et impérativement produit sur la même propriété. Cette opération, c’est le mutage.
Qu’il soit blanc ou rouge-rosé, le Pineau des Charentes fait l’objet des plus grands soins jusqu’à son assemblage et sa mise en bouteille. Il est vendangé à la main. Ses fûts de chêne sont construits par des merrainiers et des tonneliers charentais. Pour le blanc, son fruit est essentiellement constitué d’ugni blanc, un cépage originaire de Toscane qui se vendange en octobre et qui couvre 98 % du vignoble cognaçais. On lui associe principalement du colombard, un très vieux cépage charentais, vigoureux et très productif, du sémillon et de la folle-blanche. Sa robe jaune paille tire sur l’or et l’ambre en vieillissant. Un Pineau Vieux Blanc doit avoir au moins cinq ans. Son nez dégage une douce odeur de miel, son attaque est franche et son bouquet complexe est composé d’épices douces, de vanille, de cannelle, de fruits secs et de pruneau et de noix.
Le rouge et le rosé, c’est la même chose, à ceci près que pour les plus rouges le temps de macération est rallongé afin de donner une teinte plus ou moins intense au produit. Certains viticulteurs poussent jusqu’à 8 jours de macération pour obtenir à la fois une belle robe rubis et plus de matière, de densité en bouche, avec des arômes de fruits rouges plus concentrés. Les cépages principaux du Pineau rouge sont le cabernet franc, réputé pour sa finesse, le cabernet-sauvignon, le malbec, qui s’adapte bien aux sols calcaires, et le merlot noir. Il exige au moins 14 mois de maturation, dont 8 en fûts de chêne. Son élaboration est à peu près similaire à celle du pineau blanc. En prenant de l’âge, il s’enrichit de notes boisées et chocolatées, de par l’apport du rancio, cet arôme propre aux vins doux naturels et de liqueur, obtenu par un processus d’oxydation, qui associe des notes douces-amères de beurre fondu et de noisette avec une note subtile de cacao.

Il y a à la fois une grande unicité, de par la rigueur de leur élaboration depuis la récolte à la mise en bouteilles, et une belle diversité dans la fabrication des Pineaux, chaque vigneron ayant à coeur d’apporter sa touche personnelle, son cachet propre à sa production. Le sol argilo-calcaire sur lequel son raisin s’épanouit devient sablonneux sur l’île d’Oléron, ce qui donne un produit d’une saveur particulière. Il y en a donc pour tous les goûts, tous les palais. Le Pineau, vin de liqueur qui a trouvé sa voie dans une modernité exigeant à la fois de l’authenticité, des valeurs d’artisanat, et de la douceur et caractère avec de la complexité dans le goût, est promis à un bel avenir. Même s’il s’importe bien, ne comptez pas sur lui pour épater ou séduire, il n’est pas fait pour ça. Il a le caractère fort, bien trempé, mais aussi la modestie des Charentais. Il vaut mieux venir à lui, aller à sa rencontre en découvrant son fabuleux terroir, c’est un voyage qui promet de combler vos cinq sens tout en vous faisant découvrir un luxe à la portée de tous